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PARLE-MOI DE JÉSUS Index du Forum ÊTES-VOUS PRÊT POUR LE RÉVEIL? L'Eglise va-t-elle vraiment au devant d'une restauration?
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21/08/2006 05:54:51
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Pierre Sabourin
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Sujet du message: L'Eglise va-t-elle vraiment au devant d'une restauration?
RÉFLEXION SUR LE MOUVEMENT PROPHÉTICO-APOSTOLIQUE


L'Eglise va-t-elle vraiment au devant d'une restauration?
par Christophe Monnot


Source : http://www.ekklesia.ch/eelg/debats/theo4.html

Dans le contexte du 150e anniversaire de l'Eglise Libre de Genève (EELG), il me semble utile de dresser un panorama des dernières tendances théologiques qui touchent notre Eglise et la Suisse romande. En faisant cela, je suis conscient de la difficulté de l’exercice critique dans le domaine de la théologie. On touche à des croyances personnelles, à des philosophies de pensée qu’il est difficile de relativiser. Mon but n’est absolument pas de viser un théologien ou un autre, ni même de discréditer un mouvement. J’aimerais simplement mettre au service de l’Eglise et d’une réflexion plus large mon analyse des observations que j’ai faites dans différentes communautés ces dernières années.

En 1999, après un temps de rafraîchissement (appelé la "bénédiction de Toronto") qui a surpris notre Eglise, un certain calme s'est à nouveau installé. Il me permet de faire le point sur les idées véhiculées lors de cette période et de constater que ce n'est ni la théologie du mouvement Vineyard, ni celle de l’Eglise de Toronto qui nous ont influencés, mais une autre provenant d'un aile pentecôtiste française dans le sillage de l'Espace du Plein Evangile de Mâcon. Cette Eglise fait partie du réseau prophético-apostolique et elle fut l’un des centres de diffusion de sa théologie. Le lecteur retrouvera certainement des concepts auxquels il a déjà été confronté, contrairement aux idées de l'Eglise de Toronto ou de ICF Vineyard Bern qui sont restées presque totalement inconnues du chrétien francophone.

Avant de décrire ce mouvement et son influence, j'aimerais revenir à l'atmosphère générale dans lequel il est apparu.

L'esprit fin de siècle : l’insatisfaction spirituelle

Peut-être est-ce dû à l'esprit "fin de siècle", mais à la fin du XIXe, un grand nombre de chrétiens reconnaissaient une sorte d'insatisfaction dans leur vie de foi. Ils recherchaient intensément quelque chose de plus fort, ils désiraient trouver des raisons - théologiques - à leurs manques. Dans cette recherche, les chrétiens de l'époque pensèrent que c'était la sanctification qui faisait défaut. Il fallait donc se consacrer davantage à Dieu, devenir saint pour obtenir cette plénitude qui manquait. On le sait maintenant, ce n'est pas la sanctification qui manquait. Pourtant, cette recherche permit à nombre de chrétiens de recevoir une nouvelle effusion de l'Esprit. Des hommes et des femmes, noirs et blancs, réunis pour chercher la sanctification, furent remplis du Saint-Esprit: ils parlaient en langues, prophétisaient, étaient remplis au point que des milliers d'autres vinrent leur rendre visite. Cette pentecôte, partie de Los Angeles, a marqué tout le christianisme et elle constitue le grand thème théologique de ce XXe siècle.

Aujourd’hui, des prédicateurs émanant cette fois-ci du pentecôtisme se lèvent à nouveau pour constater une sorte de vide dans leur vie chrétienne. On dirait que l'expérience pentecôtiste, les témoignages de guérison, pourtant considérés jusqu'alors comme l'expérience ultime, ne suffisent plus. On recherche une sorte de paradis perdu du christianisme. Ces prédicateurs ne se le cachent pas: le christianisme primitif est dépeint comme l'âge d'or perdu qu'il faut retrouver. L'époque initiale est glorieusement décrite, comme une période de réveil extraordinaire où des miracles, des signes accompagnaient des conversions par milliers. On comprend que notre situation paraisse bien fade face à ce tableau. Mais il ne faut pas désespérer, car selon ces prédicateurs un temps de réveil, similaire à cet âge d'or, est imminent.

Une nouvelle conception du réveil

Le terme de réveil est à comprendre dans une nouvelle conception. Ce n'est plus seulement le retour à Dieu d'une partie de la population ou un engouement pour l’Eglise, comme ce fut le cas à la fin du XIXe siècle à Genève. Le réveil est compris par ces prédicateurs comme un réveil total, une sorte de millenium. Il s'agit d'un temps où, premièrement, une multitude de gens viendront à Dieu dans un élan quasi incontrôlable de conviction de s'être trompés jusqu'alors. Deuxièmement, le nombre de ces convertis sera tellement grand que le chrétien engagé sera enfin reconnu comme un homme de Dieu. Le récit de l'événement de la Pentecôte et du discours de Pierre sont ainsi transformés en standard de vie chrétienne à atteindre.

Il n'y a rien d'étonnant à voir surgir des discours sur l'âge doré du christianisme primitif, car l'histoire de la chrétienté n'en manque pas. A chaque crise ou période de doute, la communauté de Jérusalem est dépeinte comme un modèle, une préfiguration de la Jérusalem céleste. Au VIe siècle déjà, des hommes comme Benoît organisèrent des monastères à l'exemple de la communauté des premiers chrétiens pour faire face à l'invasion barbare. Les Actes des Apôtres, comme la tradition, y gomment déjà quelques frictions internes, mais peu importe: l'image est là.

La conception nouvelle de cette idée de réveil est à chercher ailleurs que dans son modèle. C'est dans son caractère total qu'il faut la chercher. Ce réveil spirituel devrait influencer toute la société, et pour cela Dieu a besoin de l'homme. Pour les prédicateurs nous annonçant ce "réveil", il ne se produira pas ex nihilo, mais il sera le fruit d'un travail et d'une construction méthodiques de la part de l'homme qui, après avoir rempli certaines conditions méthodiques, sera récompensé par ce réveil extraordinaire (le plus grand de l'histoire). Max Weber avait déjà décrit l'effet de rationalisation de la conduite individuelle causée par l'éthique protestante. Voilà qu'une nouvelle conduite renvoie à une réorganisation rationnelle de la communauté.

Cette réorganisation se développerait autour de la restauration d'une équipe de ministères (appelée gouvernement de l'Eglise). Nous traiterons ce sujet un peu plus loin. Cette conception "moderne" du réveil véhiculée par ces prédicateurs n’a donc rien à voir avec notre idée d’un surgissement historique ou d’une action de Dieu dans l’histoire amenant des hommes et des femmes à se tourner vers Dieu ou à s’enthousiasmer pour la vie de l’Eglise.

L'avènement des prophètes de la "troisième vague"

Même s’il nous semble que le renouveau spirituel n’est qu’une espérance, attardons-nous un peu sur l'irruption des prophètes de réveil. Tout a débuté avec les années 90: des prédicateurs itinérants ont commencé de prêcher une restauration des ministères. On ne les présentait plus comme des évangélistes ou des enseignants, mais comme des prophètes. Dans l'univers évangélique, les désignations traditionnelles se trouvaient ainsi ébranlées! Pour l'EELG, il a fallu bien des années pour intégrer la prophétie dans son système ecclésial, mais finalement chaque paroisse a fini par inventer une forme d'acceptation de ces messages "inspirés".

Cette apparition des prophètes n'est certainement pas le fruit du hasard. Ils proviennent tous de dénominations ou groupements d'Eglises assez jeunes. Ce sont les enfants de la "troisième vague" ou du Renouveau. On entend par troisième vague l'adoption ou la tolérance d'une aile charismatique dans des dénominations traditionnelles ou historiques. L'EELG est un exemple caractéristique d'une dénomination touchée par la troisième vague (le Renouveau décrit exactement le même phénomène, mais pour les Anglicans et les Catholiques). Ces dénominations acceptent une forme de pentecôtisme allégée ou sortant des caractéristiques classiques. Des groupements d'Eglises se sont constitués comme le ICF Vineyard ou comme d'autres petites Eglises pentecôtistes indépendantes. C'est dans ces groupements indépendants, théologiquement plus libres et moins attachés à une tradition que sont apparus les prophètes.

Restauration de l’Eglise et des "cinq ministères" d’Ephésiens 4

Les sympathisants de ce renouveau n'avaient pas tellement de revendications sur l'organisation générale de l’Eglise, il désiraient vivre leur foi dans des petits groupes. Les prophètes modernes, eux, veulent changer la structure de l'Eglise. C'est même leur cheval de bataille qu'ils appellent la "restauration de l'Eglise".

Le terme "restauration" est habituellement compris dans la chrétienté comme le renouvellement de l'être sous l'impulsion de la grâce. Etrangement, le sens de ce terme s'est déplacé de l'individu à la communauté. Par restauration, ces prophètes entendent exclusivement la restauration de l'Eglise et des ministères. Une précision est encore nécessaire à ce stade: ministère n'est pas compris dans son sens grec de serviteur, mais dans un sens spécifique. L'appellation de ministère est uniquement et strictement réservée à ceux d'Ephésiens 4: l'apôtre, le prophète, l'évangéliste, le docteur et le pasteur. Ces cinq ministères sont, selon ces prophètes, la seule structure révélée par Dieu pour conduire l'Eglise, et même la condition nécessaire à l’avènement de ce réveil.

En lisant ceci, on comprendra bien sûr que ces prophètes cherchent une légitimité pour pouvoir officier dans l'Eglise. Mais leur discours va plus loin, il faut aussi nommer des apôtres à côté des prophètes pour voir arriver ce fameux réveil final.

Il y a une logique de pensée dans cette restauration: les prophètes montrent, dans un premier temps, comment l'Eglise a perdu sa splendeur. Elle a perdu ces fameux ministères, puis l'expression des dons, puis le message du salut par grâce. A la Réforme, elle a redécouvert le message de la grâce, puis les dons. Il ne manque donc plus que les ministères à l'Eglise pour retrouver sa splendeur première. Ainsi, c'est en toute logique que le réveil éclatera!

Ce système est très cohérent, même s'il ne ressemble pas à la réalité historique. Nous savons que cette description des ministères ne s'adressait qu’à une partie de l'Eglise. L'organisation de cette dernière fluctuait grandement selon les usages ou les régions. De plus, nous savons également que la vie charismatique s’est éteinte avant la fixation des ministères autour des trois fonctions de diacre, prêtre (pasteur) et évêque (ancien).

Ces prophètes ont néanmoins un discours subversif: leur message n'est pas anodin. Ils désirent un changement d'ordre ecclésiologique. On remplace le pasteur, les diacres ou les autres désignations de fonctions dans l'Eglise par un nouvel ordre unique: celui de l'équipe apostolique. Des évangélistes, enseignants, pasteurs, prophètes, sous la conduite d'apôtres, travaillent ensemble. Ils forment ainsi le gouvernement de l’Eglise. Le discours devient subitement plus politique: selon les prophètes, Dieu n'a pas donné la démocratie à l'Eglise, mais une théocratie. Celle-ci fonctionne avec un gouvernement de cinq ministères, unique modèle laissé par Dieu. Il n'est donc pas étonnant que les chrétiens vivent encore dans l'insatisfaction puisqu'ils ne s'organisent pas selon le plan de Dieu. Il faut alors retrouver ce gouvernement, l'équipe apostolique, pour voir un grand réveil survenir. Heureusement, on ne parle pas encore d'infaillibilité de ce gouvernement, mais le lecteur attentif du Nouveau Testament se rendra vite compte de l'interprétation restrictive qu'il est fait de l'Ecriture.

Le mouvement prophético-apostolique: un réseau de ministères

Dans la deuxième moitié des années nonante, voici que ces prophètes ont laissé la place à des apôtres (certains se sont même mués en apôtres). Ils ont insisté sur le travail en équipe et en complémentarité. Ils disaient vouloir travailler en réseau, sans hiérarchie. Cette idée novatrice tranche radicalement avec celle de la hiérarchie apostolique ou papale classique. C'est pourquoi, on appelle "réseau", le mouvement prophético-apostolique. Il s'est montré très flexible de par sa structure et efficace pour constituer une sorte de toile de ministères allant au-delà des barrières dénominationnelles. Une stratégie de travail: mettre des amis ensemble pour travailler au lieu de placer des individus selon leurs capacités. Cela a très vite porté son fruit. Selon Peter C. Wagner, ce mouvement est le plus dynamique des États-Unis. Ces alliances de c"ur, comme ils appellent leur réseau, ont permis de faire rapidement connaître leur philosophie et leur théologie à travers le monde pentecôtiste.

Comme ce n'était pas la doctrine mais l'amitié qui soudait les ministères, ce réseau est resté très ouvert à toute nouveauté. Grâce à ce contexte, le mouvement a été une plate-forme idéale pour diffuser les nouvelles formes de spiritualité et les nouvelles mouvances dans le monde pentecôtiste francophone en particulier. Un autre aspect du travail en équipe de copains a permis de mettre sur pied de nombreux rendez-vous d'envergure, comme "l'armée de l'Eternel", qui accueille des milliers de jeunes chaque année. On comprend aussi pourquoi, en 1994, le mouvement prophético-apostolique, sous l'impulsion de l’Eglise de Mâcon, fut le centre de diffusion du "vin nouveau", appellation francophone de la "bénédiction de Toronto".

Au moment de cette bénédiction, plusieurs leaders du mouvement prophético-apostolique ont eu l'occasion de présenter leur théologie à des dénominations plus traditionnelles qui leur étaient fermées jusqu’alors. Les pasteurs de l'EELG ont par exemple invité Pierre Cranga, pasteur à Mâcon, pour discuter ensemble de cette bénédiction qui a surpris tant de monde en 1994-1995. Comme les prophètes du mouvement prophético-apostolique avaient annoncé un rafraîchissement, on présenta souvent cette bénédiction dans la logique de restauration. Elle n'était que le premier pas vers un rétablissement des cinq ministères.

Apparition d’une nouvelle dénomination?

Actuellement, ce réseau de ministères s'organise de plus en plus. Si ce n'est pas encore une nouvelle dénomination dans le sens classique, elle en prend néanmoins les contours dans un sens large, un peu comme le Vineyard à ses débuts. Ce mouvement a réussi à passer les barrières dénominationnelles dans un premier temps, il s'est cristallisé autour de groupements ou d'Eglises indépendantes, pour finalement constituer une dénomination propre. Plus sa structure ministérielle se définit, plus son influence sur d'autres dénominations se réduit. En effet, comme nous l'avons déjà souligné, le ministère en équipe s'est rigidifié autour des cinq ministères d'Ephésiens 4. On voit mal une dénomination avec une assemblée législative transcongrégationnelle (comme un Synode, par exemple) accepter un gouvernement de droit divin signifiant la mort de cette assemblée décisionnelle!

Que reste-t-il donc de l'enseignement de ces prophètes modernes après leur passage dans les années 1994 à 1997, maintenant que ce mouvement apparaît de plus en plus comme une dénomination propre? La "bénédiction de Toronto", ou "le vin nouveau", a fonctionné comme preuve que le message de restauration annoncé par les prophètes était vrai. Mais cette preuve ne s'arrêtait pas qu'au message: la bénédiction prouvait les pratiques et la théologie du mouvement. On peut dire que dans la pratique on y trouve une ferveur bien visible. Ne comprenez pas une ferveur dans le sens d'une intensité émotionnelle ou de manifestations de type charismatique seulement, mais également dans l'intensité d'engagement des chrétiens pour l'"uvre de Dieu. Ils dansent, ils chantent, ils travaillent à temps partiel pour se consacrer davantage au ministère. Peut-être est-ce dû à la jeunesse du mouvement, mais des formes d'expressions spontanées et variées s'expriment dans les réunions. On y voit des chanteurs, des danseurs, des drapeaux, des turbans, des chants improvisés, etc... L'expression de la louange apparue dans les années septante, s'exprimant par l'imitation de concert rock, trouve ici un style nouveau. C'est une nouvelle culture de louange qui a trouvé sa place dans ce mouvement. Bien que marginal, si l'on regarde le nombre de membres, ce mouvement a su influencer tout le pentecôtisme francophone actuel, tellement les adhérents passionnés y consacrent du temps et de l'argent.

Après l’explosion de vie, une certaine rigidité d’action

Ne rêvons tout de même pas trop. Cette explosion de vie s'est déjà codifiée et on voit apparaître une certaine rigidité d'action. Cette codification est assez complexe puisqu'elle s'étend sur une multitude de choses intervenant même dans le temps d'adoration et de louange. Si vous avez envie de danser, de crier ou de prier à haute voix, par exemple, vous êtes invités à aller sur scène ou à rester en avant, ou bien vous devez rester dans les rangs selon votre ministère. En assistant à des réunions de ce genre, on pourrait y discerner une sorte d'élite, des ayant-droit au ministère, et les autres. Bien que cela puisse être vrai dans certains cas, il y a quand même une logique supérieure à celle-là car les leaders du mouvement prophético-apostolique veulent la spontanéité. Ils désirent des choses nouvelles. Pour que ces accès de spontanéité soient admis dans les réunions, on doit pouvoir y déceler un "sens prophétique". Voilà le concept sur lequel tout l'édifice prophético-apostolique est construit. Il vaut donc la peine que je le décrive brièvement par un petit exemple vécu récemment.

Dans le cadre du 150e anniversaire de l'EELG, nous avons organisé des soirées de louange. Dans notre paroisse, la Rive-Droite, nous organisons de telles soirées chaque premier mardi du mois. Un groupe accompagne des chants rythmés et l'assistance a tout loisir de chanter, de s'avancer pour la prière, etc. Ces soirées n'ont, en général, rien de très original, c'est un peu comme les réunions de Jeunesse en Mission revues et corrigées à la sauce genevoise. Voilà donc, que dans le cadre des festivités du 150e, les habitués de la soirée louange de la Rive-Droite sont allés dans une autre paroisse (qui affiche une grande sympathie envers le mouvement que l'on étudie ici). Ils n'ont pas compris ce qui se passait. Les musiciens ont joué pendant vingt minutes sans qu'il y ait le moindre chant. Une sorte de jam-session où l'on ne s'intéressait malheureusement pas à faire participer le public. Chaque musicien jouait en fermant les yeux. Prise d'ennui, une partie du public est partie, offusquant l'autre, car ce moment était, pour nos hôtes de la soirée, hautement prophétique. Leurs notes combattaient dans les lieux célestes et le public devait écouter Dieu pour savoir que faire. A ce moment-là, un danseur aurait pu s'exprimer sur scène et il aurait alors prophétiquement imagé l'Esprit qui bat le mal en nous ou toute autre chose de ce genre.

La prophétie n'est plus définie comme un message inspiré, mais comme toute action inspirée. Il y a donc des gens qui travaillent à l'élaboration de cette spiritualité, qui font des actions prophétiques, ils jouent prophétiquement, etc., tandis que d'autres ne vont pas dans ce sens. Ils sont invités à ne pas s'exprimer, car ils pourraient "couper l'onction" En effet, toute réunion est guidée par une onction qui doit être lue prophétiquement. C'est en général quand l'émotion est à son comble qu'on annonce un réveil imminent ou quelque chose pour le futur, c'est-à-dire une prophétie dans le sens pentecôtiste du terme. Bien entendu, cette codification autour du prophétique pourrait faire l'objet d'une étude approfondie, mais nous en resterons à ces grandes lignes. Notons tout de même que l'esprit prophétique est la clé d'interprétation pour toutes les actions du mouvement. Un autre exemple: l'éducation. On fait des écoles chrétiennes pour être une voix prophétique dans le paysage éducatif laïc.

Une nouvelle interprétation des textes bibliques

Au début du mouvement, ces prophètes ne parlaient pas de restauration de ministères et d'organisation, mais ils ont amené un nouveau type de message. Au lieu de faire une prédication classique, ils construisent leur message sur le modèle de la prophétie. Ils assemblent des images, des paraboles et essaient de trouver une sorte de logique biblique pour en faire des messages. Les thèmes abordés sont la restauration de l'Eglise, l'avènement d'un réveil, la préparation des chrétiens à cette oeuvre de l'Esprit. Le langage est en général assez simple, mais il y a originalité dans l'herméneutique; cette science, qui s'occupe de l'interprétation des textes, fut une des grandes découvertes de la Réforme. Elle offrait aux exégètes une panoplie d'outils et une approche scientifique pour aborder les textes bibliques.

Au Moyen-Age, les lecteurs se gargarisaient d'analogies, de correspondances de termes, de codes et d'allégories. Ces lecteurs allaient si loin qu'on finit par perdre le sens premier du message. Mais depuis la Réforme, cette manière de lire a rapidement perdu son crédit. Pour interpréter un texte biblique il faut tenir compte des contextes historiques, textuels et stylistiques. On ne peut pas, par exemple, fonder une doctrine sur un poème biblique ou interpréter une parabole comme la loi de Moïse. Dans cette optique, le lecteur des textes bibliques s’évertuera à comprendre la signification au plus proche de la pensée présumée de l’auteur. Jésus, par exemple, en donnant la parabole du fils prodigue ne voulait pas initier une nouvelle théologie du veau gras ou créer une doctrine au sujet des anneaux, mais indiquait principalement l’amour et la joie du père qui voyait son enfant revenir à lui.

Cette manière d’interpréter les textes a permis, on s’en doute, de grands progrès dans la compréhension du message de l’Evangile, c’est pourquoi, on la croyait définitivement acquise. C'était sans compter l'avènement des prophètes il y a un peu plus de dix ans. Ils commencèrent de prêcher selon une nouvelle herméneutique, on s'en doute, prophétique. Les orateurs trouvaient de nouveaux sens aux textes bibliques. Leur lecture cherche davantage à expliquer le travail du Saint-Esprit dans l'histoire. Au lieu de regarder le sens premier du texte, ils s’attachent à relever des détails ou des symboles récurrents aux travers des Ecritures qui aurait un sens pour l’Eglise et particulièrement pour sa restauration. Puisque la Bible est inspirée, c'est-à-dire empreinte du souffle de Dieu, c'est vers lui, cet Esprit, qu'il faut aller pour comprendre le message, nous disent ces prophètes. Ils essaient de laisser une large place à l'Esprit et quelquefois le fil conducteur du message est tout à fait surprenant.

Pour comprendre un peu mieux cette herméneutique, je donnerai l’exemple d’un message entendu par un de ces prédicateurs "prophétiques". Je choisis volontairement le plus caricatural et le plus extrême pour bien montrer le fonctionnement de cette nouvelle lecture de la Bible. Le message était au sujet de Pierre qui sort miraculeusement de la prison (Actes 12). Ce texte nous montre comment Dieu secourt Pierre de manière miraculeuse et encourage l’Eglise persécutée de Judée. Pour ce prophète, il y a un autre sens à ce chapitre des Actes que celui-là. Un sens prophétique, qui ne vient pas à première vue, mais seulement après avoir examiné un deuxième sens symbolique.

La clé d’interprétation est de trouver le sens prophétique du passage pour l’Eglise. On trouve dans ce texte une figure de l’Eglise: Pierre. Bien que notre prédicateur ne soit pas catholique, Pierre représente l’Eglise dans ces versets. Cette histoire montrerait comment l’Eglise sera délivrée miraculeusement des forces du mal et de la prison dans laquelle elle se trouve. Chaque étape de la sortie de Pierre est interprétée pour l’Eglise actuelle (l’ange du Seigneur, les chaînes qui tombent, mettre sa ceinture, passer son manteau, etc.. ont des correspondances dans la vie de l’Eglise d’aujourd’hui). Cette " révélation prophétique " aboutit, on s’en doute, au grand réveil final et total de la sortie de prison. Même si le théologien ou le lecteur fidèle de la Bible ne peut être que dérouté devant une telle interprétation, il faut constater que cette herméneutique prophétique a un atout séducteur: elle est cohérente et logique dans sa globalité. Les hommes et les femmes du mouvement prophético-apostolique adoptent un ensemble de thèmes, de figures et d'imageries prophétiques. Ces grands thèmes proviennent cependant presque tous de l'Ancien Testament. Les répercussions en sont évidemment une décentration du message de la grâce.

De plus en plus, ceux qui annoncent la restauration d'un gouvernement de l'Eglise, en dessinent les grands traits législatifs. Un néo-légalisme, sous le couvert d'une loi spirituelle, pour la dîme, les offrandes, l'éducation, le sabbat, etc. remplace le jaillissement créatif des premières heures du mouvement. En plus, le centre du message étant la restauration de l’Eglise, on a un peu perdu Jésus dans une relation unique avec l'individu. Le chrétien est vu comme une partie de l'Eglise. Cette herméneutique prophétique, après avoir cassé quelques schémas étroits de l'herméneutique héritée de la Réforme, en osant parfois dire tout haut ce qu’on ressent à la lecture d’un texte, s'enferme à son tour dans sa propre logique; finalement, elle diffère peu du courant allégoriste des pères alexandrins, qui ne faisaient qu’essayer d’interpréter les symboles et les figures des textes bibliques.

Conclusion

En regardant en arrière, on peut constater qu'un souffle spirituel a traversé l'Eglise au début de cette décennie. Un des points saillants a été le moment de bénédiction dit "du vin nouveau" ou "de Toronto". De nombreuses communautés, certaines de nos paroisses également, y ont puisé de grandes ressources spirituelles.

Aucun mouvement n'a su intégrer ces temps de rafraîchissement en tant que résultat théologique à sa doctrine aussi bien que la mouvance prophético-apostolique. Le Vineyard Bern (anciennement l’Eglise Basilea), pourtant épicentre européen de la bénédiction de Toronto, n'a jamais influencé la théologie de l'EELG. On n'a pas associé, par exemple, le vin nouveau à l'"cuménisme, à une remise en question de notre pratique du baptême ou à une atmosphère soft-rock qui font pourtant partie des pratiques du Vineyard à Berne. Par contre, toutes les pensées du mouvement prophético-apostolique décrites dans cet article ont été véhiculées ou discutées lors de réunions de rafraîchissement. Des membres de nos paroisses sont même si familiers avec ces idées qu'ils les conçoivent comme la seule alternative charismatique possible.

Il est vrai que ce mouvement, on l'a vu, a été particulièrement vivant et a su apporter une nouvelle fraîcheur dans l'Eglise. Nous retiendrons cette dynamique et cette vie qui furent les bienvenues dans le paysage ecclésiologique francophone. Malheureusement, cette fraîcheur s'est affadie et les idées novatrices sont en train de se muer en système opérant, comme j’ai essayé de le souligner. Il est donc vital, à ce stade, de se pencher sur les grandes idées de ce mouvement qu’il serait intéressant de garder. Je crois personnellement que nous pouvons en retenir principalement trois:

- Premièrement, la notion du ministère. Depuis la Réforme, on entend par ministère, un pasteur ou un enseignant de la Bible. Même si, dans nos milieux, on accepte le ministère d’évangéliste, on a tendance à le considèrer comme un sous-ministère. L’EELG a tout de même fait de grands pas dans le sens d’éclater ces barrières conceptuelles. Elle a en effet consacré un ministère auprès de l’enfance, un prophète-musicien, des ministères auprès de la jeunesse. Il faut continuer à aller dans ce sens et spécialement dans l’optique d’éclater le concept hiérarchisé des ministères qui sont complémentaires et non supérieurs l’un envers l’autre.

- Deuxièmement la notion du ministère en équipe prolongement de la première idée. Nous avons trop travaillé avec un pasteur et un conseil, chacun muni de son cahier des charges. Même si chaque paroisse a un peu sa manière de procéder, nous pouvons redécouvrir la complémentarité et la force d'une équipe pastorale.

- Troisièmement, la notion de réseau, extension de la deuxième idée. Un réseau d'amitiés est solide, flexible et évolutif. Nous nous sommes enfermés dans nos dénominations et nos paroisses, nous empêchant souvent de travailler par affinités. Les échanges d’idées et de fardeaux entre les différents ministères de notre Eglise ou de la ville, le travail en équipe allant au-delà d’un comité organisant un événement particulier sont autant de défis que nous devons relever ces prochaines années.

J'espère que l'EELG saura intégrer ces innovations sans se rigidifier dans une théologie éloignée de sa traditionnelle ouverture au monde et de sa fidélité aux Ecritures.

Bibliographie thématique:

Le protestantisme:
Ben Barka M., Les nouveaux rédempteurs, Genève, Labor et Fidès, 1998.
Reymond B., Le protestantisme en Suisse Romande, Genève, Labor et Fidès, 1999.
Weber M., L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Paris, Plon, 1964.

L'EELG.
L'Eglise Evangélique Libre de Genève 1849-1949, Genève, Imprimerie Roulet, 1949.
Mutzenberg G., A l’écoute du réveil, St-Légier, Emmaüs, 1989.
Rüegg, H., Les évangéliques, Berne, Fédération des Eglises Protestantes de la Suisse, 1995.

Le Pentecôtisme:
Cox H., Retour de Dieu, Paris, Desclée de Brouwer, 1995.
Blanc J. Pentecôtisme, cours polycopié, Orvin, IBETO, 1996.

Le "Prophétique"
Ryle J., L'hippopotame dans le jardin, Nyon, Carrefour, 1993.
Sfez L., Internet et les ambassadeurs de la communication, in Le monde Diplomatique, Paris, mars 1999.

L'herméneutique:
Fee G. et Stuart D., Un nouveau regard sur la Bible, Deerfield, Vida, 1990.
Conzelmann H., Lindemann A., Guide pour l’étude du Nouveau Testament, Genève, Labor et Fidès, 1999.

Le vin nouveau:
Cranga P., La maison du vin nouveau, Mâcon, J.F. Oberlin, 1994.
Chevreau G., Embrase nos coeurs, Crissier, Carrefour, 1995.
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Prenez note que sur le forum « Parle-moi de Jésus » nous proposont des articles et études qui envisagent une autre étape à cette restauration. En résumé, cette étape est une prise de conscience du ministère du corps du Christ en général pour lequel les cinq ministères sont au service. (voir Mission et Soumission, Le plan trinitaire de la communion fraternelle, et le Gouvernement Divin.

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